2008: Problématisation, intéressement, enrôlement La sociologie de la traduction est-elle utile pour le développement ?

1.Aramis et les coquilles Saint-Jacques : l’apport de la sociologie des sciences

A partir de leurs recherches en sociologie des sciences, Michel Callon et Bruno Latour ont conçu un cadre d’analyse assez original. J’ai déjà fait passer quelques infos sur le livre « Aramis ou l’amour des techniques », où Bruno Latour analyse, à la manière d’une enquête policière, pour quoi le projet de métro automatique « Aramis » (constitué de petits wagons se couplant ou se séparant selon la destination des passagers) a échoué. C’est une étude passionnante (et qui se lit comme un roman), où l’on voit au quotidien ou presque les tentatives des promoteurs pour faire marcher ensemble les acteurs (la RATP, la ville de Paris, l’entreprise Matra, etc.) et les objets (les wagons, les mécanismes d’assemblage et de séparation des wagons, etc.), où l’on voit le projet (l’idée) d’Aramis se « réaliser » (au sens de devenir plus réel, passer de l’idée et du papier à des rails, des wagons, des accords entre Matra et la RATP) ou se « déréaliser » (revenir en arrière, redevenir idée ou projet de papier) lorsque des obstacles surgissent, que des accords sont remis en cause, etc.

Une analyse passionnante et très éclairante pour nos projets qui comportent une dimension d’expérimentation technique, au sens où elle montre bien qu’on n’a jamais l’expérimentation technique d’un côté et la construction d’un réseau d’acteurs qui soutient le projet de l’autre, mais bien un processus continu pour tenter de mettre ensemble et de faire fonctionner ensemble une somme « d’humains et de non-humains », d’acteurs et d’objets, qui se rebellent plus ou moins et ne jouent pas le jeu tout de suite. Et où la réussite n’est jouée qu’à la fin, lorsqu’un ensemble de relations finit par se stabiliser.

L’approche de Callon est complémentaire. Elle porte sur le processus par lequel un accord se fait (ou pas) entre des acteurs (les choses ou les animaux étant pour lui des acteurs…) pour s’engager dans un processus commun. Il appelle « traduction » ce processus par lequel des acteurs au départ différents, ne communiquant pas entre eux, finissent (par négociation, coups de force, conviction) par entrer en dialogue autour d’une vision commune d’un problème à traiter. On est plus sur l’amont, donc, même si cela suppose déjà expérimentation technique.

2.La domestication des coquilles St Jacques en baie de St Brieuc
Callon étudie le démarrage du processus de domestication des coquilles Saint-Jacques dans la baie de Saint-Brieuc dans les années 70. La coquille Saint-Jacques a commencé à être exploitée dans les années 60 seulement. Deux espèces sont présentes en France, l’une (dans la baie du Mt St Michel) qui est coraillée en permanence et peut être pêchée toute l’année, l’autre (baie de St Brieuc) qui n’est pas coraillée pendant l’été ce qui plait moins aux consommateurs. Les coquilles au Mt St Michel ont très vite été surexploitées et les stocks ont chuté. En baie de St Brieuc, le fait de ne pas pêcher pendant une partie de l’année a permis une meilleure reproduction et donc préservation du stock, mais les marins-pêcheurs de St Brieuc s’inquiètent du risque.

Comment assurer une exploitation durable ? en fait, tant les marins-pêcheurs que les scientifiques connaissent très peu de choses de la biologie et de la reproduction de la coquille. Lors d’un voyage, trois chercheurs ont découvert que la Coquille St Jacques était élevée au Japon : les larves sont récupérées, on favorise leur fixation sur des sacs, qui les protègent des prédateurs le temps qu’elles fassent leur coquille, avant de les relâcher en fond de baie où elles croissent jusqu’à la pêche. Les pertes en larve étant beaucoup plus faibles, la productivité est accrue. Ils ont l’idée de faire la même chose en France. Mais est-ce transposable ? ce n’est pas la même espèce : l’espèce de la baie de St Brieuc se fixe-t-elle aussi sur des supports ?). Par ailleurs on ne connaît pas le cycle biologique, et donc les modes d’élevage et d’exploitation.
Les trois chercheurs poussent l’idée d’une recherche là-dessus, à grand renforts de rencontres avec les marins-pêcheurs (présentant les risques de sur-exploitation, et les techniques japonaises), et d’articles scientifiques. Ils définissent le problème « il y a un risque de surexploitation, les marins-pêcheurs ont intérêt à passer à l’élevage, il faut des recherches pour voir si les coquilles se fixent bien ».

3.Les quatre étapes de la construction d’un réseau d’acteurs
Callon reprend de façon stylisée le processus qui part d’un ensemble de groupes d’acteurs isolés (les marins-pêcheurs, les coquilles, les chercheurs) pour aboutir à une « communauté » d’acteurs partageant une même façon de poser le problème et prêt à collaborer à sa résolution .

Il identifie quatre étapes.

1/ La problématisation ou comment se rendre indispensable  
Des acteurs formulent des problèmes (ici, peut-on transposer l’élevage de coquilles St jacques vu au Japon : l’espèce de St Brieuc se fixe-t-il dès la larve ? quelle vitesse de croissance, etc.) et  « identifient un ensemble d’acteurs dont ils s’attachent à démontrer qu’ils doivent, pour atteindre les objectifs ou suivre les inclinaisons qui sont les leurs, passer obligatoirement par le programme de recherche proposé ».

Les promoteurs de l’idée cherchent donc à trouver les acteurs qui peuvent avoir intérêt à monter dans l’affaire, et à les convaincre que ce qu’ils proposent est un passage obligé. Ce faisant, ils se rendent indispensables au processus.

Ce travail de problématisation est une façon de poser les problèmes, mais c’est en même temps une identification a priori des acteurs censés être concernés (les marins-pêcheurs, les coquilles, les autres chercheurs), et une façon de les caractériser en fonction de leurs intérêts supposés (les larves vont se fixer sur les sacs, les marins sont intéressés à changer leurs pratiques). Formuler le problème, et les acteurs concernés, c’est donc implicitement définir a priori qui est concerné et pourquoi.

« Les trois chercheurs ne se limitent pas à identifier quelques acteurs, ils montre que ceux-ci, dans leur intérêt, doivent admettre le programme de recherche proposé ». Ils construisent un argumentaire qui lie les intérêts (supposés) des acteurs pour montrer qu’ils ont intérêt à passer par là. « Problématiser, c’est définir une série d’acteurs et dans le même mouvement identifier les obstacles qui les empêchent d’atteindre les buts ou objectifs qui leur sont imputés. Ainsi se construit un réseau de problèmes et d’entités au sein duquel un acteur se rend indispensable ».

2/ Les dispositifs d’intéressement ou comment sceller les alliances
Cet argumentaire, les trois chercheurs le développent à travers rencontres, réunions publiques, articles scientifiques, 1ères expérimentations, etc. Il y a un travail volontaire pour « intéresser » ces acteurs, pour les faire rentrer dans le jeu, le convaincre de leur intérêt à en être partie prenante :
– pour les larves, c’est des expérimentations pour vérifier si les mettre dans un sac pour leur permettre de se fixer le temps de faire leur coquille, ça marche ou non ? et dans quelles conditions ? avec des sacs en nylon ou en fibre végétale, etc. ?)
– pour les pêcheurs, c’est de nombreuses rencontres, débats avec les organisations professionnelles, mobilisant courbes, analyses, présentation de ce qui se fait au Japon ;
– pour les autres chercheurs, ce sont des publications qui montrent l’absence de connaissances actuelles, la légitimité de ces recherches.

L’intéressement, c’est « l’ensemble des actions par lesquelles une entité s’efforce d’imposer et de stabiliser l’identité des autres acteurs qu’elle a définis par sa problématisation » (ou dit plus simplement, s’efforce de mobiliser les acteurs qu’elle a identifiés et de les faire rentrer dans sa logique). Cela passe par l’établissement de relations avec eux, parfois par la rupture d’autres relations que ces acteurs avaient avec d’autres.
« L’intéressement est fondé sur une certaine interprétation de ce que sont et veulent les acteurs à enrôler et auxquels s’associer. Les dispositifs d’intéressement [c’est-à-dire l’ensemble des actions mises en œuvre pour constituer ce noyau d’acteurs] créent un rapport de force favorable » .

« L’intéressement, s’il se réussit, confirme (plus ou moins complètement) la validité de la problématisation qui, dans le cas contraire, se trouve réfutée ». Est-ce que les hypothèses sur les groupes d’acteurs concernés, et leurs intérêts, étaient les bonnes ? la réponse à cela n’est pas donnée a priori, elle se construit dans le processus.

Bien sûr, ça ne marche pas toujours, ou pas du premier coup. Il faut négocier, persuader, reformuler son argumentaire pour s’adapter à la réalité d’acteurs plus complexes que l’image qu’on en avait au départ. Les acteurs, eux, évoluent, précisent leurs points de vue ; les frontières des groupes peuvent changer, évoluer (tous les marins-pêcheurs n’ont pas le même point de vue).

3/ Comment définir et coordonner les rôles : l’enrôlement
Le dispositif d’intéressement ne débouche pas nécessairement sur des alliances. « L’enrôlement, c’est un intéressement réussi. Décrire l’enrôlement, c’est donc décrire l’ensemble des négociations multilatérales, des coups de force, des ruses qui accompagnent l’intéressement et lui permettent d’aboutir ».

Différentes modalités y contribuent : la violence physique (ici contre les prédateurs des larves qu’il faut maîtriser…), la séduction, les transactions, le consentement sans discussion, etc.

La négociation pour Callon, ça vaut pour tous, y compris les larves des coquilles : comment « négocier » qu’elles veuillent bien se fixer sur les sacs ? Quelles techniques ? Quel matériau pour les sacs ? À quelle profondeur mettre les sacs ? Comment contrôler les courants ? L’expérimentation technique peut se lire comme  une « négociation » avec des larves dont il faut obtenir le consentement à agir selon ce qu’on attend d’elles (c’est-à-dire se fixer sur les sacs en proportion suffisante). L’avantage de cette approche est qu’elle montre que cela ne va pas de soi, que cela demande essais-erreurs, approfondissement de « comment ça marche », etc.

4/ La mobilisation des alliés : les porte-parole sont-ils représentatifs ?
Qui parle au nom de qui ? Qui représente qui ? Le processus de domestication et le changement des techniques de production doit concerner l’ensemble des acteurs (toutes les coquilles, tous les marins-pêcheurs). Or, à chaque fois dans les étapes antérieures, les individus directement mobilisés sont peu nombreux : quelques pêcheurs, quelques milliers de larves utilisées dans les expérimentations, quelques  chercheurs autres. Comment passer de ces individus au groupe ? ce qui vaut pour ces quelques individus vaut-il plus largement ?

« Les trois chercheurs négocient l’intéressement des coquilles avec une poignée de larves qui représentent toutes celles, innombrables, qui échappent à la capture ».

Or, passer à l’acte suppose un engagement clair des différents acteurs, avec des rôles et des fonctions précisés. Qu’est-ce qui assure que la masse des larves va se comporter comme en situation expérimentale ? (quels paramètres nouveaux prendre en compte ?). En quoi les engagements des représentants des pêcheurs engagent-ils l’ensemble des pêcheurs ?

« La problématisation initiale, qui avançait des hypothèses sur l’identité des différents acteurs, leurs relations et leurs objectifs, a laissé place au terme des quatre étapes décrites à un réseau de liens contraignants. Mais le consensus et la mobilisation qui le rend possible peuvent être contestés à tout moment ». Une partie des acteurs peut sortir du jeu, contester l’analyse ou la place qu’on lui assigne. Ce qui remet en cause le processus, ou bien oblige à renégocier les intérêts, les règles du jeu, à préciser ou faire évoluer les frontières des groupes d’acteurs.

Finalement, « l’existence ou la non existence de ce groupe [rassemblant coquilles, pêcheurs et chercheurs dans une communauté d’intérêt, et qui est une condition pour une action collective] n’est décidable qu’en fin de parcours, et ce sont les trois chercheurs par leurs différentes tentatives qui nous l’apprennent ». Les groupes d’acteurs, leurs intérêts, ne préexistent pas, ou en tous cas pas complètement. Le processus contribue à les faire émerger, à déplacer les conceptions, les argumentaires, pour essayer de stabiliser un réseau.

Au début les trois groupes d’acteurs ne se parlent pas. « Les trois chercheurs s’expriment au nom des coquilles Saint-Jacques, des marins-pêcheurs et de la communauté scientifique. Au départ ces trois univers sont séparés et ne disposent d’aucun moyen de communiquer entre eux. En bout de course, un discours les a unifiés ou plutôt les a mis en relations de façon intelligible. Mais cela aurait été impossible sans les déplacements en tous genres dont il a été question précédemment, sans les négociations et ajustements qui les ont accompagnés »

« La traduction est un processus avant d’être un résultat ». « Chacune des étapes marque une progression dans les négociations qui aboutissent finalement à la désignation de porte-parole légitimes qui, dans le cas étudié, disant sans être démentis ce que sont et veulent, coquilles et marins-pêcheurs : la problématisation, simple conjecture, a été transformés en mobilisation » Les dissidences et trahisons font partie du processus, remet en cause certains acquis, obligent à repositionner, renégocier.

4. Et pour nous ?
Cette réflexion me semble assez intéressante pour l’amont de nos actions. On sait bien qu’un projet, qu’une politique publique, c’est un système d’action. Cela demande qu’un large ensemble d’acteurs ait des intérêts (même s’ils sont différents) à ce que ça fonctionne : les bénéficiaires, les agents du projet, la tutelle, le bailleur, etc. Que l’on arrive à faire marcher ensemble taux d’intérêt, intérêt des populations et viabilité de
l’Institution de microfinance, ou bien vent, éolienne, modes de gestion et tarification de l’électricité, etc. Que la fonctionnalité locale tient au couplage intelligent entre ingénierie technique, sociale et institutionnelle.

Mais comment construire (ou favoriser l’émergence) d’un tel réseau d’acteurs (humains et « non humains ») ? Comment jouer un rôle actif dans l’émergence d’un problème et sa prise en charge partagée ? Bref, pour reprendre le vocabulaire de Callon, comment raisonner les stratégies et les dispositifs d’intéressement ?
Idéalement, c’est avant le projet que ce réseau doit être constitué (l’histoire des coquilles St Jacques racontée par Callon s’arrête au moment où il est possible de passer à l’acte). Comment les étapes préalables (identifications, faisabilités) peuvent-elles y contribuer ? Avec la capitalisation sur l’identification de projet , on a commencé à avancer sur cette question, mettant en avant qu’un des rôles de l’identification, c’est de constituer un accord politique avec un noyau clé d’acteurs, autour de l’idée de projet, et que la faisabilité doit tester les hypothèses et confirmer cet accord. Mais le format des missions ne permet pas les processus d’intéressent et d’enrôlement… Comment dès lors valoriser des séries de missions, nos représentations, etc., dans des processus plus long, moins structurés, mais qui permettent de construire ce réseau de partenaires ?

Dans certains cas, surtout lorsqu’on propose des choses innovantes, c’est le projet lui-même qui doit permettre de réaliser cet intéressement et cet enrôlement, tant pour les acteurs de chair et d’os que pour les objets. Au départ, les gens vont être passifs comme les pêcheurs : « oui, c’est intéressant, montrez-nous que ça marche et on verra à ce moment là ? ». Quelle place pour l’expérimentation ? Comment la mener pour qu’elle serve à construire cet enrôlement des acteurs dans une logique de co-construction des solutions techniques et institutionnelles ? Comment prendre en compte le fait que les acteurs dont le soutien et l’engagement sont nécessaires ne sont pas seulement les populations locales, mais aussi l’administration, le bailleur, etc. ?

On peut en tous cas garder quelques enseignements :
– raisonner les différentes étapes d’un processus volontariste ;
– problématiser en fonction d’une lecture des intérêts des acteurs concernés et pas seulement de notre vision du problème ;
– savoir que les acteurs et leurs intérêts ne sont pas complètement donnés a priori mais émergent et se précisent au cours du processus ;
– mettre en place des « dispositifs d’intéressement » volontaristes pour favoriser la cristallisation des intérêts et d’un groupe d’acteurs portant l’idée du projet ;
– savoir que ceci demande tâtonnements, négociations, expérimentations, reformulations.

Références
Callon M., 1986, Eléments pour une sociologie de la traduction. La domestication des coquilles Saint-Jacques et des marins dans la baie de Saint-Brieuc, L’année sociologique, n°36, pp.170-208.
Creusot A.C ; Lavigne Delville Ph., Identifier un projet en microfinance. Repères méthodologiques pour des projets réalistes.  Coopérer Aujourd’hui n°41.
Latour B, 1992, Aramis ou l’amour des techniques,  Paris, La Découverte, 241 p.

Pour des recherches récentes s’inspirant de la sociologie de la traduction dans l’étude des interventions de développement:
Deligne A., 2014, Développer des services pour les associations d’usagers de l’eau. Analyse d’un processus d’innovation, le porjet Asirri au Cambodge, Etudes et travaux en ligne n° 43, Nogent sur Marne, Gret, 106 p.

Ehrenstein V., 2013, « Les professionnels de la préparation. Aider la République démocratique du Congo à réduire sa déforestation: programme REDD+ », Sociologies pratiques,  n° 2, pp. 91-104.

Jacob J.-P., 2015, « La sociologie de la traduction, l’anthropologie du développement et l’APAD « , Anthropologie & développement, vol 42-43, pp. 85-98.

Lavigne Delville P., 2015, « Un projet de développement qui n’aurait jamais dû réussir ? La réhabilitation des polders de Prey Nup (Cambodge) », Anthropologie & développement,  n° 42-43, pp. 59-84.

Le Meur P.-Y., 2015, « Un barrage contre le Pacifique. Polders et développement au Cambodge« , Anthropologie & développement, vol 42-43, pp. 27-57.

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