2014 – Deux ou trois choses sur la société civile

Texte non publié, rédigé dans le cadre de la préparation de Lavigne Delville P., 2015. Aide internationale et sociétés civiles au Niger, Karthala/APAD/IRD, Paris/Montpellier/Marseille.

(Source image : https://www.thinkingafrica.org/V2/la-societe-civile-en-afrique-de-louest/)

Un concept et sa réémergence

De nombreux travaux ont fait un historique détaillé de la notion et de sa réémergence dans les années 90 (Comaroff et Comaroff, 1999b; Pirotte, 2007), etc.). Le concept de société civile renvoie de façon large à un ensemble d’acteurs et d’organisations, entre les individus et les ménages, d’un côté, et l’Etat de l’autre. En fonction des périodes et des grilles d’analyse, il est utilisé avec des acceptions et des frontières variées, ce qui induit un flou sur le terme et sa signification : c’est un « concept éminemment polysémique dont la difficulté de définition n’a d’égales que la richesse et la complexité de la généalogie scientifique » (Otayek, 2009 : 210).

« Philosophiquement, le concept revêt plusieurs significations contradictoires selon qu’on le trouve chez Locke, les théoriciens écossais du XVIIIe siècle, Hegel, le jeune ou le vieux Marx, Gramsci ou encore dans la critique antitotalitaire d’un Claude Lefort » (Bayart, 2001). Son histoire renvoie clairement à la trajectoire des sociétés occidentales, avec l’émergence de l’individu et d’un espace public « bourgeois » (Habermas, 1978) revendiquant une indépendance par rapport à l’Etat.

Cette généalogie qui a suscité des interrogations sur la signification de son importation dans des pays qui n’ont pas connu cette trajectoire, importation qui a fait l’objet de fortes critiques de la part de certains chercheurs, d’autant que le terme a été promu par les institutions internationales.

Sans rentrer dans les débats théoriques trop pointus, préciser un peu de quoi on parle est donc indispensable car, trop souvent, « ‘Société civile’ forme un lieu commun où les commodités d’un mot de passe permettent de se parler sans savoir ce que l’on dit, ce qui évite de trop se disputer » (Colas, 1992: 44, cité par Pirotte, 2007 : 5). Or, on ne peut discuter de la société civile sans prendre en compte et discuter ses rapports avec la société domestique, la société politique, l’Etat.

Eléments d’histoire[1]

Dans la cité antique, la « société civile » est synonyme de « polis », c’est-à-dire la communauté des citoyens politiquement organisée, qui exclue donc les femmes, les étrangers, les esclaves. Elle se confond alors avec la société politique de la Cité.

La philosophie politique des Lumières et ses successeurs mettent en avant la société civile dans une double opposition :

  • d’une part contre l’état de nature, la société civile (au sens de « civilisée ») émergeant du contrat social ;

« Jusqu’au XVIII° siècle, une société civile est avant tout une société civilisée, ordonnée selon des principes moraux et de justices formalisés par des lois et qui permettent à la communauté de s’élever au dessus de l’état de nature. (…) Cette civilité se confond aussi avec le nouvel ordre social qui apparaît avec la montée en puissance de la bourgeoisie marchande aux XVI° et XVII° siècles » (Pirotte, op. cit : 12).

  • d’autre part, contre les pouvoirs, pouvoir religieux d’abord, absolutisme étatique ensuite, mettant l’accent sur la responsabilité de l’individu et la protection des affaires privées.

Analysant la jeune société des Etats-Unis, Toqueville met en avant la force des associations prenant en charge des questions d’action collective dans ce pays, dynamique issue à la fois des revendications d’autonomie des communautés protestantes ayant émigré pour fuir l’absolutisme européen, et de la jeunesse de l’Etat : « partout où, à la tête d’une entreprise nouvelle, vous voyez en France le gouvernement et en Angleterre un grand seigneur, comptez que vous apercevrez aux Etats-Unis une association » (de Tocqueville, 1986 (1850): 502), cité par Pirotte : 22). La société civile est alors l’ensemble des organisations par lesquelles les individus et les « communautés » produisant des services, dans une recherche d’autonomie par rapport à l’Etat.

La revendication d’autonomie est également à l’œuvre dans l’émergence d’une sphère publique au XVII° siècle, analysée par Habermas, qui « nous fait assister à la naissance et maturation du citoyen moderne à travers ses luttes et ses revendications pour davantage de démocratie » (Frydman, 2004: 124)[2]. Sur la base des clubs discutant musique ou littérature, et parallèlement au développement de la presse,

« le public bourgeois s’engage sur le terrain politique en vue de préserver l’autonomie de son espace privé (…) Ainsi se forme une opinion publique bourgeoise d’inspiration libérale qui partage une même méfiance envers les usurpations du pouvoir et revendique le respect de ses droits et libertés privées, au premier rang desquelles la liberté du commerce et de l’industrie, la liberté de circulation et celle d’entreprendre, et bien sûr la garantie de la propriété privée, mais aussi la liberté de conscience » (idem :129-130).

Cette vision libérale est battue en brèche au XIX° siècle : pour Hegel, la société civile occupe une place intermédiaire qui s’autonomise, entre la famille et la société politique, qui inclut pour lui l’Etat et les institutions politiques (partis politiques). Mais face à la somme des intérêts, « l’Etat est pensé comme la sphère de la réconciliation des conflits indépassables dans la société civile » (Pirotte : 27). Marx poursuit dans cette distinction entre société civile et Etat, mais voit au contraire dans ce dernier un mécanisme oppressif au service de la classe dominante. Au début du XX° siècle, Gramsci conçoit la société civile comme les institutions de la vie quotidienne, la somme des associations, Eglises, syndicats, organisations culturelles, groupes de voisinage, partis politiques. Mais loin d’y voir une autonomie par rapport à l’Etat, il la conçoit comme le lieu de construction de l’hégémonie culturelle exercée par la classe dominante, convergente avec la coercition de l’Etat pour le maintien d’un régime capitaliste.

La définition de la « société civile, », ses rapports à l’Etat, au marché et à la domination politique, varient donc selon les périodes et les auteurs. Elle peut, selon les options, s’opposer à l’Etat ou participer de son hégémonie, être un lieu de contestation populaire des rapports sociaux ou au contraire un instrument de la bourgeoisie.

La réémergence du terme dans les années 80

Guère usité au milieu du XX° siècle, le terme réémerge au début des années 80, pour qualifier les mouvements de contestation et de revendication démocratique dans les pays d’Europe de l’est, puis en Amérique latine et en Afrique. Porté par le discours du libéralisme politique, et bientôt du libéralisme économique, il devient l’emblème de la lutte de la société contre l’autoritarisme et les dictatures. Il s’agit bien au départ de mouvement social, en effet, s’il y a bien une pensée critique, dans un certain nombre de cercles, et des mobilisations sociales, il n’y a guère à cette époque, du fait du régime politique dans les pays de l’est « d’organisations de la société civile »…

« La crise des modèles politiques, l’accélération des processus d’accumulation mondiale et la financiarisation de l’économie ont fait éclater à des degrés divers les trois piliers qui avaient caractérisé l’économie de l’après-guerre : le modèle keynésien occidental, le socialisme des pays de l’Est européen et le modèle de développement autocentré du Sud[3] » (Planche, 2004:8-9).

Ces processus ont induit des recompositions des rapports entre Etat, société et marché. Le lien entre le retour de la notion de société civile et la critique de l’État ou son désengagement néo-libéral est peu discutable. « L’État n’est plus, dans un contexte de mondialisation croissante, l’unique dépositaire légitime du bien commun et il doit s’effacer – ou en tous cas se recomposer – au profit des acteurs sociaux organisés en groupes d’intérêts » (idem).

« La légitimité des régimes de parti unique devait s’éroder d’autant plus sûrement que le système néo-patrimonial qui avait assuré leur survie se trouvait structurellement fragilisé par la crise économique et le tarissement progressif des ressources de patronage. C’est alors qu’émerge la figure de la société civile comme négation parfaite de l’Etat autoritaire dévalué, et tous les acteurs locaux des «transitions ‘ » démocratiques» (expression avec une certaine charge finaliste et 1éléologique) s’en saisissent d’emblée, de même que les bailleurs de fonds internationaux et les ONG » (Otayek, 2009 : 219).

Dans un contexte de néo-libéralisme et de chute du mur de Berlin, le discours sur la société civile devient hégémonique, et en même temps flou : la société civile devient à la fois un vecteur de lutte contre les autoritarismes et de démocratisation, un contre-pouvoir à l’Etat dans des pays démocratisés, un producteur de services pour les populations, sans toujours suffisamment de distinction entre les contextes, ni d’analyse critique de ces postulats (Camau, 2002).

Les institutions internationales construisent un discours général sur les complémentarités entre Etat, société civile et marché, donnant aux acteurs de la société civile un rôle essentiellement fonctionnel et faisant fi des histoires politiques et sociales spécifiques. Elles soutiennent de façon volontariste l’émergence d’un secteur ONG (Atlani-Duault, 2005; Pétric, 2006), largement ambigu dès lors qu’il répond plus aux opportunités de financement qu’à des mouvements sociaux nationaux (Chandler, 1998; Pouligny, 2005), à des modèles sociétaux prédéfinis plus qu’au produit d’un débat politique national. 

Trop bref et trop partiel, ce panorama met en avant quelques éléments clés pour toute montre en tous cas que :

  • la « société civile » se situe quelque part entre les familles et les communautés, d’un côté, et l’Etat de l’autre;
  • il y a des distinctions et des frontières – importantes mais pas toujours stabilisées d’un point de vue conceptuel, et souvent floues en pratique – entre sphère publique, espace public, société civile, organisations de la société civile, société civique, société politique ;
  • la notion de société civile pose la question du passage des intérêts particuliers à l’intérêt général, d’autre part (selon qu’on considère qu’il émerge du jeu des groupes d’intérêts, qu’il doit être pris en charge par des institutions politiques plurielles, ou qu’il relève de l’Etat) ;
  • empiriquement, la « société civile » ne peut se penser indépendamment de la société dans laquelle elle s’inscrit, des rapports sociaux qui la fondent, de ses rapports à l’Etat[4] ;
  • la « résurgence » (Khilnani, 2001) internationale de la thématique de la « société civile » est fortement liée au contexte politique international des années 90, avec son double mouvement de démocratisations plus ou moins réussies et de (néo)-libéralisme économique ;
  • dans les anciens pays soviétiques comme dans les pays en développement ou en sortie de guerre civile, l’appui à la société civile fait partie intégrante de la stratégie des institutions internationales/de développement, porteuse d’une vision politique plus ou moins explicite et cohérente et d’une ingénierie institutionnelle plus ou moins pensée et pertinente. L’offre de financement influe fortement sur la trajectoire des organisations locales.

Frontières, acceptions, visions politiques

« Le drame de la notion de société civile est que, lorsque l’on cherche à préciser son contenu empirique, son contenu conceptuel s’échappe, tandis que, lorsque l’on chercher à préciser son contenu conceptuel, c’est son contenu empirique qui devient évanescent » (Haubert, 2000 : 33).

Plus que de façon positive, la société civile se définit en opposition à ce qu’elle n’est pas. Selon les visions politiques, les frontières de la société civile ne sont pas les mêmes, du côté de la société (les organisations communautaires, religieuses, etc. en font-elles partie ?) comme du côté du politique (les syndicats, les partis politiques en font-ils partie ?). Le schéma ci-dessous permet de visualiser la gamme des acceptions (Planche, op. cit.: 12, s’inspirant de M.Haubert, 2000).

La question se complique encore dès lors que l’on distingue approches descriptives et approches normatives. Une part importante de ses partisans a en effet de la société civile une vision normative :

  • « la « vraie » société civile, c’est celle qui contribue à l’intérêt général, à la démocratisation et à l’intégration sociale ». Ce qui tend à exclure, par exemple, les mouvements religieux qui ne se conforment pas à cette définition, voire même les organisations professionnelles corporatistes ;
  • et/ou « la « vraie » société civile, c’est celle qui émerge du peuple, qui s’organise pour défendre ses intérêts ». Ce qui exclue les organisations de l’économie sociale, qui mobilisent des financements externes pour mettre en œuvre des services (et donc toutes les ONG proposant des services aux populations), et oublie qu’une part importante des organisations émane des classes moyennes ou supérieures[5].

Bref, « chaque locuteur, en rejetant ce qu’il considère comme non civil, a-civil ou anti-civil, exclut ainsi de la société civile tous ceux qu’il ne reconnaît pas comme interlocuteurs. La notion de société civile offre à la confrontation politique un opérateur de classements » (Planche, 2004: 14). « Elle inclut et exclut en mobilisant les catégories du bien et du mal, du pur et de l’impur, des « civilisés » et « non civilisés » » (Camau, 2002: 224). Dès lors, une vigilance particulière doit être apportée aux usages de cette notion, tant par la recherche que par les observateurs.

La question de la société civile en Afrique

La pertinence du terme en Afrique, et plus généralement dans les pays en développement[6], a été discutée, pour deux raisons principales, l’une liée au contexte de son émergence et aux institutions qui la promeuvent, l’autre liée aux conditions sociales et politiques des pays en question.

La première raison est que son succès dans la littérature développementaliste la rendait fondamentalement suspecte aux yeux d’un certain nombre de chercheurs. Il est incontestable que, si

« la critique de l’Etat post-colonial autoritaire était justifiée (et sans, doute bienvenue !), comme l’est le droit de regard des bailleurs de fonds sur l’utilisation de leur aide (souvent détournée à des fins clientélistes ou frauduleuses) », « plus problématique est en revanche le glissement insensible de la critique de l’Etat autoritaire à celle de l’Etat comme institution, stigmatisé comme inutile, corrompu, lourdement bureaucratique, budgétivore et donc condamné à céder le pas à l’initiative privée, au secteur informel, au dynamisme associatif et autres «grassroots organizations» comme incarnation idéalisée de la société civile » (Otayek, 2009 : 219).

« Cette rhétorique de la société civile comme vecteur d’une meilleure gouvernance et d’une plus grande imputabilité (accountability) des dirigeants n’est pas neutre (même si elle prétend l’être). En fait, elle reflète et confirme une « lecture libérale de la réalité » (Hibou, 1998), articulée autour d’une opposition normative entre l’Etat, qui renverrait à l’ordre de la contrainte, et la société civile, qui renverrait à celui de la liberté » (idem : 220).

Dès lors, l’idée même de société civile est suspecte.

« Dans son acception présente, popularisée par la Banque mondiale et les ONG, la société civile n’a pas cette épaisseur: elle est un mot de pidgin, une ingénierie des relations internationales, qui permet aux acteurs d’un monde hétérogène de globaliser de concert » (…) Elle peut être le faux nez d’intérêts particuliers inavouables (…) bien des ONG s’avèrent être des « governmental non governmental organizations », des « organisations très gouvernementales » (…) promptes à drainer au profit des détenteurs du pouvoir cette nouvelle ressource de légitimation et de financement dans le système international. A la limite, elles sont un rouage de la « privatisation de l’Etat », comme l’explique Béatrice Hibou. Celui-ci se décharge sur elles de certaines de ses fonctions sociales ou régaliennes. Ainsi comprise, la société civile est un mécanisme d’accumulation économique, grâce aux exemptions fiscales et douanières dont jouissent les ONG: en quelque sorte, une version contemporaine des biens de mainmorte. Elle est en même temps un appareil de cooptation des contre-élites dans le système dominant. (…) Leur représentativité est sujette à caution et leur reconnaissance risque d’éclipser des institutions dont la légitimité est autrement assise : celle des Parlements » (Bayart, 2001).

De fait, l’explosion du secteur ONG dans les anciennes républiques soviétiques, par exemple, est directement lié à l’implication des institutions internationales et à l’effondrement de l’Etat (Pétric, 2006).

Tout en soulignant que« l’argument n’est pas que l’autonomie, l’indépendance et la subversion des programmes des donateurs par les ONG africaines n’existent pas » (p.1104)[7], Hearn (2007) souligne après d’autres la forte dépendance des ONG aux financements externes :

« Tant l’État que le secteur privé s’étant taris comme sites d’accumulation ou de « recherche de rentes », le secteur bénévole, avec ses importants apports de fonds extérieurs, est devenu le lieu où l’on peut gagner de l’argent. Le secteur des ONG s’est développé de manière exponentielle, alimentant les commentaires sur la création de « fausses » ONG qui n’étaient en fait que des « ONG mari et femme » ou des « ONG valises » » (idem : 1102). [8]

Dans une analyse néo-dépendantiste, elle se demande si les ONG nationales ne sont pas « les nouveaux compradors » en référence aux élites économiques et politiques d’Amérique latine qui construisaient leur position sur la rente de l’extraversion, comme relais de l’impérialisme. « L’aide étrangère aux ONG du Sud a créé un groupe social qui dépend des ressources et du patronage extérieurs et qui, en retour, est au centre de la politique de développement du Nord et la popularise » (idem : 1107-1108)[9].

La seconde raison est que, pour certains auteurs, « l’émergence de la société civile est subordonnée à la satisfaction de trois conditions : la différenciation des sphères publique et privée, l’individualisation des relations sociales, la primauté des solidarités horizontales sur les allégeances verticales. Au regard de cette analyse, toute idée de société civile serait illusoire dans les sociétés du Sud – en particulier celles d’Afrique subsaharienne – réputées être plurales et fonctionner sur un mode néo-patrimonial caractérisé par la confusion du public et du privé » (Badie, 1992 : 215).

L’interpénétration de l’Etat et de la société, la prégnance des réseaux communautaristes ou clientélistes, rendraient ainsi impossible l’émergence d’une société civile. Pourtant, note Otayek (2009 : 215-216), « l’hypothèse selon laquelle l’Etat africain aurait absorbé la société civile en s’annexant ses principales institutions est sujette à caution, ne serait-ce que parce qu’elle fait bon marché des multiples procédés inventés par les sociétés subsahariennes pour contourner ou subvertir la domination étatique (Bayart, 1983). Cette stratégie de « dé-totalisation » (Bayart, idem) a d’autant mieux fonctionné qu’elle fut portée par un remarquable dynamisme associatif, vecteur de structuration d’un espace social autonome ».

Comme le soulignent de nombreux auteurs, ces deux thèses sont discutables. Le lien est avéré entre néolibéralisme et promotion de la société civile n’implique pas que ce soit la seule grille de lecture, ni que les ONG soient par nature des instruments du néolibéralisme, sans marge d’autonomie possible[10]. Comme le souligne Haubert (op. cit. : 76), « attirer l’attention sur le danger que l’idéologie et la pratique de la « société civile » ne servent que les intérêts des acteurs dominants,(…) et de « cheval de Troie » aux politiques néo-libérales (…) ce n’est pas mettre en cause les activités correspondantes de la « société civile ». Réduire les dynamiques associatives aux conséquences du néo-libéralisme, c’est faire peu de cas des initiatives autonomes de renégociation des conditions de vie (Laurent, 1998), du dynamisme des associations culturelles, des mouvements sociaux de lutte contre ce même néo-libéralisme, des tentatives de redéfinition de l’espace public, bref, sous-estimer la possibilité de projets politiques propres, de capacités de subversion de la dépendance.

Il ne faut pas non plus oublier que, historiquement, nombreuses sont les formes de résistance ou de sédition par rapport à l’Etat, sous la domination coloniale, bien sûr, mais également au sein des formations politiques pré-coloniales (Comaroff et Comaroff, 1999b). Bayart (1986 : 113) souligne ainsi que, bien avant les processus de démocratisation des années 90, « l’État a été mis à mal par la pression constante de ces groupes sociaux et par leurs tactiques toujours changeantes : révoltes, refus de certaines cultures, baisse de la productivité, grèves, abstentions électorales, migrations, réveils religieux et même création de communautés théocratiques échappant au contrôle de l’État, contrebande, essor des échanges informels, diffusion d’informations en dehors des médias officiels, attaques satiriques, religieuses, messianiques ou révolutionnaires contre la légitimité de l’État, et sabotage des instruments de contrôle politique”[11]. Les appartenances communautaires peuvent servir de levier dans la lutte contre l’autoritarisme étatique, comme ce fut le cas en Ouganda (Karlström, 1999). « La problématique de la société civile peut d’autant moins être éludée que les institutions sociales modernes les plus engagées dans le combat démocratique (syndicats, Eglises, médias, mouvements de défense des droits de l’Homme, etc.) n’hésitent parfois plus à se confronter violemment avec le pouvoir, à faire reculer l’arbitraire et, ce faisant, à créer les conditions d’un meilleur respect de l’Etat de droit sans lequel il n’y a pas de démocratie » (Otayek, 2009 : 213). La mobilisation durable contre le pouvoir dans l’affaire Zongo au Burkina Faso (Loada, 1999), les mobilisations sur l’insécurité alimentaire (Bonnecase, 2010) ou contre le coût de la vie (Maccatory, Oumarou et Poncelet, 2010) (dont la Coalition Equité Qualité conte la vie chère au Niger), par exemple, en témoignent et les liens entre mobilisations sociales et société civile demeurent largement à explorer en Afrique. Par ailleurs, on observe des processus d’individualisation (Marie, 1997), en particulier en milieu urbain, processus qui sont d’ailleurs accentués par la crise, et sont donc parallèles à l’effervescence associative.

Enfin, les ouvrages, encore trop rares, qui analysent de façon approfondie les dynamiques de la société civile dans différents contextes nationaux montrent des trajectoires variées, des stratégies diversifiées en termes d’ancrage régional ou de spécialisation thématique, de rapport à l’Etat et de mobilisation politique, de recherche d’autonomie financière (Michael, 2004, sur Sénégal, Zimbawbe, Tanzanie) (Otayek, 2004 pour Cameroun, Ghana, Maroc) (Pirotte, Poncelet, Sindahiyebura et al., 2006 pour Bénin et RDC), qui cadrent mal, tant avec l’impossibilité d’une société civile qu’avec l’idée de structures exclusivement « compradors ».

Comme le souligne Lewis (Lewis, 2001): 10, « l’idée de société civile ne peut pas être facilement rejetée comme ayant peu de sens en dehors de ses origines occidentales (l’argument exceptionnaliste), mais elle ne peut pas non plus être simplement exportée par les donateurs occidentaux et utilisée grossièrement pour construire une bonne gouvernance dans les contextes des pays en développement ou en transition (universalisme normatif) »[12].

Il est incontestable que, dans des pays sous régimes d’aide, « l’affirmation d’une société civile reste lourdement hypothéquée par les modalités de ses rapports possibles au politique, par son référentiel explicite de légitimation qui reste fort hétéronome et davantage encore par l’extrême difficulté d’en rechercher des fondements en termes de mouvements sociaux » (Pirotte et Poncelet, 2002: 77).

Pour autant, entre « déni théorique, figure imposée et prolifération empirique » (Poncelet et Pirotte, 2007), la réalité et la diversité des dynamiques de changement social et des dynamiques associatives invitent ainsi à les analyser pour elles-mêmes, et à tenter d’en explorer de façon empirique et non normative leurs dynamiques internes, leurs rapports à l’Etat et au système d’aide, pour comprendre ce qui se joue à travers elles, comme parties prenantes de processus plus larges de changement social et politique, sans les idéaliser, mais sans les discréditer a priori.

Comme le propose Pirotte,

« il s’agit de complexifier l’analyse tout d’abord en envisageant l’apparition des sociétés civiles, des acteurs qui s’en réclament comme des pratiques sociales ou même des représentations dont ils seraient porteurs comme le résultat d’un mariage singulier de « dynamiques du dedans » (réformes économiques et politiques locales, mutations sociales en œuvre dans cette période de transition ) et de « dynamiques du dehors » (politiques de soutien et de  renforcement de certains acteurs de la société civile, agenda du développement…) donnant forme à un projet en perpétuelle recréation. D’autre part, il conviendrait d’intégrer à l’analyse de ces nouvelles sociétés civiles des dimensions constitutives autres que le simple fait associatif en tenant compte de la production idéologique, des représentations de ses acteurs et des dynamiques en cours dans des espaces publics dont l’existence même est souvent perçue comme problématique (Olivier de Sardan, 2007) » (Pirotte, 2010).

C’est à ce prix que le concept de société civile peut avoir à la fois une pertinence théorique, comme analyseur empirique des rapports Etat/société, et des formes de contestation et de reformulation de ces rapports, et une pertinence en termes de politique, pour enrichir le questionnement sur le sens de ces dynamiques, en les replaçant dans une perspective historique, dans une acception large des formes de mobilisations sociales et d’organisation. Comme le dit encore Lewis (op.cit : 10), « ce qui est donc nécessaire, c’est d’intégrer ces débats plus larges dans la discussion limitée de la société civile qui a lieu, en particulier au niveau des politiques publiques, et d’enrichir ces débats avec une compréhension plus détaillée de l’activité réelle de la société civile en Afrique »[13], de façon à ce que le débat politique s’appuie sur “une analyse de la société civile réellement existante afin de comprendre sa formation réelle, plutôt que comme un programme de changement promis » (Mamdani, 1996: 19)[14].

Post-face

Ce texte n’intègre pas suffisamment les travaux sur les mouvements sociaux (Sylla, 2014; Branch et Mampilly, 2015; Tall, Pommerolle et Cahen, 2015). Voir aussi les travaux sur la voie étroite entre militantisme, répression étatique et dépendance financière (Pommerolle, 2007; 2008), sur les liens à l’international (Pommerolle et Simeant, 2010; Pommerolle et Siméant, 2010).

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[1] Cette section s’appuie en particulier sur Pirotte, 2007, La notion de société civile, Paris, La Découverte,Comaroff et Comaroff, 1999a, Civil society and the political imagination in Africa: critical perspectives, Chicago, University of Chicago Press,Haubert, 2000, « L’idéologie de la société civile « , in Haubert et Rey, ed., Les sociétés civiles face au marché. Le changement social dans le monde post-colonial, Paris, Karthala,Otayek, 2009, « La problématique « africaine » de la société civile », in Gazibo et Thiriot, ed., Le politique en Afrique, Paris, Karthala,Otayek, 2004, Les sociétés civiles du Sud. Un état des lieux dans trois pays de la ZSP (Cameroun, Ghana, Maroc), Paris, Ministère des affaires étrangères,Pirotte 2010,Frydman, 2004, « Habermas et la société civile contemporaine », in Frydman, ed., La société civile et ses droits, Bruxelles, Bruylant,Khilnani, 2001, « La « société civile », une résurgence », Critique internationale, vol 10 n° 1,Lewis, 2001, Civil society in non-Western contexts: reflections on the ‘usefulness’ of a concept, Centre for Civil Society, London School of Economics and Political Science.. Voir aussi Planche, 2004, Accompagner l’émergence et le renforcement des sociétés civiles : mieux comprendre les enjeux, Coopérer aujourd’hui n° 38, Paris, GRET. pour une mise en perspective pédagogique.

[2] Cf. son ouvrage « L’espace public » (Habermas, 1978, L’espace public: archéologie de la publicité comme dimension constitutive de la société bourgeoise, Paris, Payot ). Frydman insiste sur le fait que son titre original parle d’une « sphère publique » et non pas d’un « espace ».

[3] Ou plus exactement le modèle étatique de modernisation des pays africains.

[4] JF.Bayart (1986 : 111) la définit comme « society in its relation with the state… in so far as it is in confrontation with the state ».

[5] La société civile n’est pas seulement l’expression de groupes sociaux dominés. Elle englobe non seulement les modes d’action politique populaires … mais aussi les revendications des groupes socialement dominants (commerçants, hommes d’affaires, clergé) qui ne sont pas moins exclus de la participation directe au pouvoir politique » ((Bayart, 1986 : 112) (“Civil society is not merely the expression of dominated social groups. It encompasses not only popular modes of political action … but also the claims of those socially dominant groups (merchants, businessmen, the clergy) which are no less excluded from direct participation in political power »).

[6] Cf. par exemple pour le monde musulman Bozzo et Luizard, 2011, « Introduction », in Bozzo et Luizard, ed., Les sociétés civiles dans le monde musulman, Paris, La Découverte., Teti, ibid. »Société civile et politiques de démocratisation au Moyen-Orient », in Bozzo et Luizard, ed., .

[7] « the argument is not that autonomy, independence and subversion of donor agendas by African NGOs do not exist ».

[8]  « As both the state and the private sector have dried up as sites of either accumulation or ‘rent-seeking’, the voluntary sector, with its significant inflows of external funding, has become the place to make money. The NGO sector expanded exponentially, fuelling comments about the creation of ‘bogus’ NGOs that were in fact just ‘husband-and-wife NGOs’ or ‘briefcase NGOs’ ».

[9] «  Foreign aid to Southern NGOs has created a social group that is dependent on external resources and patronage and in return is central to and popularizes Northern development policy ».

[10] Pour un cas indien d’une ONG ayant réussi à se positionner en dialogue critique avec l’Etat sur la base d’un ancrage local fort, cf. Chhotray, 2007, Entrepreneurs politiques ou agents de développement. Entre résistance et consentement, l’histoire d’une ONG du Madhya Pradesh, Inde, Coopérer aujourd’hui n° 55, Paris, GRET..

[11] “The state has been damaged by the constant pressure of those social groups and their everchanging tactics : revolts, refusal to grow certain crops, declining productivity, strikes, abstentions from elections, migrations, religious revivals and even the creation of theocratic communities outside state control, smuggling, the flourishing of informal exchange, distribution of information outside the official media, satirical, religious messianic or revolutionary attacks on the legitimacy of the state, and sabotage of the instruments of political control”.

[12] “The idea of civil society cannot easily be dismissed as having little meaning outside its Western origins (the exceptionalist argument), but nor can it simply be exported by Western donors and used crudely to build good governance in developing or transitional country contexts (prescriptive universalism)”.

[13] “What is therefore needed is to bring these wider debates into the limited discussion of civil society which takes place, particularly at the level of policy, and to enrich these debates with a more detailed understanding of actually existing civil society activity in Africa”.

[14] “An analysis of actually existing civil society so as to understand its actual formation, rather than as a promised agenda for change”.

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